de l’histoire publique…

L’histoire publique est un concept plutôt venu du monde anglo-saxon, américain en particulier. Cela ne signifie pas qu’on n’en faisait pas en Europe continentale, ni en Belgique. Films ou spectacles historiques, commémorations, création de musées…, tout cela existait aussi chez nous, évidemment. La « communication de l’histoire » était en outre enseignée dans les années 1980 à l’UCL par les professeurs D’Haenens et Zélis. Mais ces pratiques n’étaient pas intégrées théoriquement dans un concept et conçues selon ce dernier, voire encadrées par lui et ses promoteurs. Avec le processus de Bologne et l’émergence du phénomène des commémorations en Europe, les historiens universitaires européens ont fini par convoquer la notion d’histoire publique et la formaliser très récemment dans des programmes de master.

Le site américain du National Council on Public History définit l’histoire publique comme « recouvrant les diverses manières dont l’histoire est mise en œuvre dans le monde ». Qu’est-ce que « l’histoire »? Qu’est-ce que « le monde »? Par le premier vocable, il faut manifestement entendre la façon dont les historiens universitaires ou, du moins, de métier établissent et interprètent les faits humains passés. Par le second: tout ce qui n’est pas l’université? Le public?

La notion d’histoire publique vient ici télescoper la distinction entre « histoire » et « mémoire ». La première s’attache à établir puis interpréter les faits tels qu’on peut les percevoir par une démarche qui se veut scientifique. La seconde touche à ce que l’on fait de cette perception, éventuellement dans le cadre de préoccupations strictement contemporaines: civiques, politiques ou autres. Etudier 14-18 en historien ou organiser un mémorial de 14-18 à Ypres ne procède pas forcément de la même intention. Dans cette perspective, l’histoire publique a souvent été appelée « histoire appliquée ». Le recours à ce terme manifeste surtout la préoccupation des historiens de se rendre utiles à leurs contemporains autrement qu’en nourrissant une réflexion savante. C’est en tout cas celle qui anime ce blog.

L’enjeu tient sans doute également à la volonté des historiens de métier de prendre leur part dans le débat public sur tout ce qui concerne l’utilisation de la « science historique » que l’on pourrait peut-être rebaptiser « le savoir historien ». Les historiens, via le concept d’histoire publique, entendent intervenir dans les commémorations, la muséographie moderne et la scénographie qu’elle suppose, la consultance dans les films ou spectacle à caractère historique, la création de centres d’interprétation historique (des guerres, par exemple), la mise en valeur de patrimoines matériels ou immatériels, etc.

Le concept d’histoire publique manifeste donc la volonté de l’histoire professionnelle de quitter les auditoires pour atteindre la rue et ce par tous les moyens actuellement disponibles.